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De ma fenêtre

Olive Bernard

Exposition en ligne – mai 2020

De ma fenêtre

J‘habite à Noailles depuis presque 10 ans. Enfin 10 ans à la marseillaise, 8 ans en vérité. Car oui, j’ai beau être marseillaise à 100% depuis bientôt 22 ans, c’est à dire toujours – je suis peut-être déjà en train de vous perdre, là – pour ce qui est de l’amplification permanente des choses que j’applique moi-même quasiment au quotidien, j’ai cependant un faible pour la précision.

Bref, je m’appelle Olive, j’ai 21 ans, je suis Marseillaise, j’ai toujours habité entre les quartiers de La Plaine, depuis 21 ans, et Noailles, 8 ans, et j’aime la précision. J’aime aussi l’Art, depuis toujours, et notamment la photographie, le cinéma, le théâtre, la musique, la danse, le dessin, la peinture, le graphisme, le Street Art…

Plus encore que la précision, j’adore la folie, le désordre, les choses qui n’ont pas vraiment de sens, qui sont laides ou belles sans faire exprès, ou par accident, ou les deux, sales, trop ou pas assez, irrévérencieuses, débridées, qui débordent, prennent de la place sans penser à mal, s’approprient l’espace, ne s’excuse pas toujours…
C’est aussi pour ça que j’aime Marseille je crois. Et Noailles, évidemment.

Noailles c’est du bruit, les voix qui crient « 1 euro ! 2 euros ! 3 euros ! », celles qui chuchotent « Marlboro, Marlboro », les jeunes qui improvisent des parties de foot en plein milieu de la rue quand leurs parents font les courses, des camions qui klaxonnent aux heures de pointes, qui déchargent le matin/chargent le soir, les camions de poubelles en fin de journée suivis par les camions de nettoyage qui passent plusieurs fois par nuit (2 fois), les matchs de foot rediffusés sur des chaînes arabes souvent un peu trop fort et parfois beaucoup trop tard les nuits d’été dans les kebabs d’en bas, les moustiques, le(s) bazar(s), les défilés de mariages, les gens qui se prennent le chou pour des salades et qui veulent se foutre des pains… Bref, c’est de longue le oaï ou le souk. Enfin, c’est tout le temps le bordel !

Mais Noailles c’est la vie, la folie, l’effervescence, les contrastes, les mélanges, les couleurs, les odeurs, les saveurs, les âges, les histoires, les différences, les continents, les pays, les régions, les langues, les dialectes, les religions, le partage, la générosité, les amis, les voisins, la famille… ma maison.

Alors quand Claude m’a appelée en mars pour me parler de ce projet et me proposer d’interpréter Noailles à ma façon, je n’ai hésité que quelques minutes. J’ai une totale confiance en lui et son équipe de choc pour mener un projet avec des valeurs propres à l’esprit du quartier. J’étais par contre inquiète à l’idée de ne pas réussir à illustrer de façon honnête et sincère cet esprit de quartier qui me fascine tant depuis toujours, comme moi je le vois…
J’ai donc accepté le défi et saisi l’opportunité !

L’annonce du confinement est tombée quelques jours plus tard. Et en conséquence, mes espoirs et mon envie de créer aussi. Noailles sans ses gens c’était pas mon Noailles.

Contrainte dans un premier temps de réduire le monde extérieur à ma fenêtre, j’ai commencé cette série en hauteur. Un point de vu que j’ai toujours aimé. Petite déjà, j’adorais passer du temps à observer ce qu’il se passait à travers mes fenêtres, telle une mémé commère, guettant la moindre action, le scoop, la chose à capturer et à rapporter… c’est devenu une étrange habitude… mon appareil photo jamais loin. 

« Fenêtre sur Noailles confiné », façon Hichcockienne ! Ça allait m’occuper. Et à ma grande surprise : il y avait de la vie. Partout. Noailles résistait, plus silencieux mais toujours aussi vivant. Juste différent.

Voilà un premier aperçu de mes deux mois passés à (re)découvrir encore et toujours mon Noailles confiné. D’en haut, d’en bas, à l’horizontale, à la verticale, de travers, triste quand le ciel pleure, cramé quand le soleil cogne… Je vous fais visiter ?

Olive Bernard

Tirages possibles sur devis par simple demande auprès de l’association.

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