Noailles, un bouillon de cultures

En cuisine, le mot bouillon désigne :

  • le plus souvent, la préparation culinaire liquide dans laquelle on cuit, assez longuement, un ou plusieurs aliments. Lors de cette opération, saveurs, couleurs et nutriments sont transférés à la phase aqueuse par osmose ; de nouvelles molécules aromatiques sont également créées par le processus de cuisson.
  • également, le mouvement produit à la surface d’un liquide dès son entrée en ébullition.

Si Marseille a plusieurs cœurs, elle n’a qu’un ventre, en plein centre, Noailles. Autrefois quartier bourgeois, Noailles est aujourd’hui un territoire d’habitation populaire. Auparavant marché de gros de fruits et légumes, viandes et poissons, le commerce alimentaire y est devenu de détail. Lieu d’échange entre les artères principales ensoleillées qui irriguent la ville et les boyaux sombres qui alimentent le secteur, Noailles accueille et nourrit la population marseillaise.

En décomposition lente mais régulière depuis 30 ans, c’est une zone hyperactive de débrouille et de débrouillards, de survie et de survivants, d’abandon et d’abandonnés. C’est aussi un quartier essentiellement habité par une population calme, banale et peu visible.

Hier des immeubles se sont effondrés, sur leurs occupants. Tous les jours des habitants tombent, de fatigue, d’isolement, d’alcool, de drogue, de trafics. Les regards se tournent et se détournent.

Les associations y sont légion. Les initiatives, citoyennes. Forcément militantes. Des éduqués impliqués, y logeant ou pas. Soutien scolaire, animation, théâtre, recyclage, vélo…

Désert de services publics, Noailles concentre pourtant une population dense d’individus de tous horizons géographiques qui en aurait cruellement besoin : annexe mairie, écoles, dispensaires, cantines… 

Le Service Public, la Culture et l’Education sont pourtant à ses portes. La Canebière n’est qu’à deux pas : grand lycée, université, théâtres, banques, chambre de commerce, vitrines de la mairie. La rue de Rome aussi : préfecture, grandes enseignes, opéra. Noailles encerclé mais pas intégré.

Quelques magasins chics et restaurants branchés embourgeoisent le bas de la rue d’Aubagne, attirant principalement marseillais et touristes téméraires.

A chaque coin de rue, des pâtisseries, de snacks, kebabs, couscous, restaurants africains nourrissent simplement et pour pas cher la population du quartier, et au-delà. Pas encore de chaîne. Des bars et cafés sur les marchés des Capucins et des halles Delacroix accueillent les habitants, avec ou sans alcool.

Il y a un contraste incroyable entre la forte densité des flux de personnes, marchandises et argent et la faiblesse de l’impact positif sur le niveau de vie des habitants. Tout y est possible mais rien ne change. Les populations, les classes, les conditions, les énergies se croisent dans les rues de Noailles mais s’assoient peu aux mêmes tables.

Hier des immeubles se sont effondrés. La ville à vivre est à reconstruire. La richesse du quartier pousse à tenter de nouvelles formes de partage de l’espace.